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jeudi 25 octobre 2012
mardi 18 septembre 2012
jeudi 13 septembre 2012
La Petite Ecuyère a cafté - 2 premiers chapitres
Le Poulpe - La Petite écuyère a cafté
le début
« Le Poulpe, ça ne s'attendrit pas.
Faut taper dessus à coups de marteau… »
Gérard
1
Faire gaffe. La nuit,
les rails se rejoignent. On dit qu'ils sont parallèles, un mythe, un vrai, il y
a des moments où, la fatigue aidant, on a vraiment l'impression qu'au bout du
faisceau des deux phares de l'autorail, ils se touchent et qu'en dessous, les
roues vont riper, se chevaucher et que ça va être une vraie catastrophe.
Chaque fois qu'il
conduisait le 89931, Charles Dutoît pensait toujours la même chose, avait
toujours les mêmes impressions. La nuit, tout est possible. Il tenait ça de
tous ces livres de terreur qu'il avait dévorés pendant sa jeunesse. La nuit,
les maisons bougent, les yeux deviennent rouges, les gens hurlent en crachant
des fleuves de sang, le diable en sabots rôde le long des falaises, quand ce
n'est pas la mort avec sa faux brillante de sang caillé. La nuit, les vaches
dansent la carmagnole, les rails des trains se tordent et font des nœuds en
grinçant.
Cette vacherie
d'automoteur 89931. Départ Rouen 22 h 4, arrivée à Dieppe à
22 h 43. Le dernier. Si on le loupe, faut dormir à Rouen, tenter de
ne pas rêver à Jeanne d'Arc, qui crame en geignant, avec Gilles de Rais
pleurant comme un veau au pied du bûcher et se consumant pour elle.
Le train venait juste
de dépasser la gare d'Auffay. Charles vérifia le compteur. 90, c'était bon.
Limite. Au-dessus, derrière, ça secoue. Il n'avait pas l'impression de conduire
un troupeau à roulettes comme pour le 87083, qui est invariablement toujours
plein, tous ceux qui bossent à Rouen et qui regagnent leurs cagnas du côté de
Clères. Non, le samedi soir, c'est direct Dieppe, peu de pékins se prélassent
derrière lui, tentent de repérer quelques lumières filantes au-dehors, relisent
le journal du matin, terminent les mots croisés. Il doit y en avoir un ou deux
qui roupillent à mort. Qui finissent bravement un samedi de bibine et qui vont
le dimanche à Dieppe pour terminer magnifiquement le ouiquende en se saoulant
la gueule dans les rades du port. Comme dans la chanson de Brel. Amsterdam,
avec le marin qui pisse sur les étoiles.
Charles Dutoît pensa
que c'était le premier samedi du mois et que, vers minuit, sur Canal Plus, il y
aurait le porno mensuel, qu'il regarderait une fois de plus si jamais Françoise
acceptait d'aller se coucher, en lui disant comme à chaque fois qu'il ne peut
pas dormir et qu'il va regarder la télé pour s'abrutir. Et, alors, comme
d'habitude, il serait vite saoulé par toutes ces gymnastiques et éteindrait le
poste en pensant que c'est pas croyable que des gens puissent faire ça devant
des autres avec autant de naturel.
La voie tournait
beaucoup dans la vallée juste avant Offran-Ville. Il essaya d'imaginer les
vaches couchées dans les prés et qui entendaient le train sans le voir, un
grondement dans la nuit. Est-ce que les vaches pensaient à l'enfer, elles
aussi ? Et c'était quoi l'enfer pour une vache ? Travailler à
Hippopotamus ?
Un coup de sirène. Un
passage non protégé. Tant pis pour ceux qui dormaient déjà. La grande courbe de
droite. De jour, on voyait, derrière la haie de saules, la jolie ferme à
colombages des Marineux. Charles avait été à l'école avec le Pierre qui
déclarait que jamais il ne serait paysan, plutôt crever, toute une vie dans la
bouse c'est pas humain, et lui, il disait en écho qu'il ne resterait jamais
dans ce coin pourri où il pleut tout le temps, où les champignons poussent
jusque dans les godasses, où les grosses limaces orange servent de paillasson.
Résultat des courses, trente ans après, le Dutoît conduit le dur sur la ligne
qui passe tout près de la ferme du Marineux qui a trente-cinq vaches.
Charles eut un
haut-le-cœur. Le sang, en une demi-seconde, quitta entièrement sa tête, sa
poitrine et ses bras. Sa main se mit à trembler, loupant les manettes de frein.
Les chiens de l'enfer. Il venait de voir, d'entrevoir, un éclair, dans le blanc
cru des phares, juste après une courbe à droite un peu serrée, deux personnes
sur la voie qui le regardaient les yeux grands ouverts en hurlant et puis il
les a senties disparaître sous lui comme s'il les avalait lui-même. Et puis le
choc. Mou. Charles freina d'urgence, bloquant les tampons. Tant pis pour ceux
qui roupillaient derrière, ils allaient changer de place en deux secondes, tant
pis pour les valoches qui devaient valser. Merde, merde, merde, c'est pas vrai,
hurla Charles, dont les bras se mirent à trembler convulsivement.
Les deux wagons de
l'autorail mirent cent mètres et dix secondes pour s'arrêter. Sans respirer,
tout était bloqué en lui, c'était comme s'il avait en même temps actionné aussi
un frein puissant à l'intérieur de lui-même, Charles avait baissé la vitre de
la portière gauche et avait regardé, pendant cet interminable infini de temps,
les étincelles, à chaque boggie, éclairer le ballast.
La rame s'arrêta
enfin. Charles sauta sur la voie, une lampe torche à la main, tout était très
sombre, les lumières des deux wagons jetaient un peu de jaune sur les bords des
voies, il eut le temps de se dire que la nuit normande lui avait joué un tour
de plus, un truc de sorcière. Il passa devant la motrice et aperçut, un peu en
dessous, les traces brillantes de deux traînées de sang.
Il eut soudain très
chaud à la tête, comme une fièvre, se dit merde et remerde et putain de merde
comme si c'était une prière au diable, et longea sans respirer, en boitillant,
les wagons où les gens semblaient tous se relever d'une chute, d'une pagaille.
Ça gueulait, ça regardait aux fenêtres, un enfant hurlait. Bordel, c'est sur
moi que ça tombe, il eut encore le temps de se dire, vite il faut faire quelque
chose, prévenir les pompiers et la gare de Dieppe. Charles entendit derrière
lui le chef de train qui l'appelait mais il ne pouvait pas s'arrêter, il
marchait dans la nuit comme un automate.
Il trouva vite les
deux corps écharpés, en bouillie, en morceaux, il ne compta pas, il éclata en
sanglots.
Et puis, s'avançant
un peu plus loin entre les rails, restant sourd aux appels derrière lui, comme
s'il avait une fanfare désaccordée dans la tête, Charles vit alors, dans le
faisceau un peu glauque de sa lampe, les deux mains attachées par des menottes
au rail. L'une était coupée écrasée net et l'autre avait un avant-bras. Avant
de s'évanouir, Charles eut le temps de se redire une fois de plus qu'il fallait
que ça tombe sur lui, merde.
— Je
parie qu'il est en train de lire le truc sur le suicide sous le train !
beugla Gérard en s'essuyant les mains au torchon. Je parie vingt balles.
— Tenu !
répliqua un petit gros en costard qui s'arracha du zinc et s'avança vers la
table.
Prudemment, il se
glissa derrière Gabriel et lut, par-dessus son épaule, l'article du Parisien
étalé sur la table et coincé, en haut à droite par une tasse à café et à gauche
par une soucoupe constellée de miettes de croissants.
— Menottés
aux rails ! il cria en lisant le gros titre, d'assez loin.
— Fous-moi
la paix… marmonna Gabriel en s'agitant sur sa chaise.
Le petit gros venait
de perdre vingt francs. Sans rechigner, il revint au bar, claqua deux pièces de
dix sur le zinc et finit son pastis. Gérard, l'air triomphant, prit les jaunets
et les jeta dans la boîte à pourboires, avec la maestria d'un vrai basketteur
de comptoir.
— Pour
le personnel !
— Je
me suis fait avoir, soupira le petit gros. Mais ça aurait pu être l'article sur
la fusillade de Montmagny. Ils ont quand même dessoudé trois types au
fusil-mitrailleur. C'est quand même pas tous les jours qu'on voit ça.
— Ouais,
mais c'est pas saignant. Gabriel il aime quand y a du raisiné partout. Et là,
il est gâté. Sur plus de cent mètres, ils ont repeint la voie, les deux petits
jeunes… Et ils risquaient pas de se sauver ! Ils s'étaient attachés avec
des menottes, les menottes attachées à des antivols, les antivols passés autour
des rails. Et on a retrouvé, enfin on, les toubibs de l'autopsie, ils ont
retrouvé les clefs des cadenas et des menottes dans l'estomac du type et de la
fille. Ça, c'est du suicide, c'est pas comme les pilules, où on se flingue en
attendant l'ambulance… Quand on veut vraiment se bousiller, on met le paquet,
honneur aux braves !
Gérard pérorait,
comme à son habitude. Il régnait sur son bar-restaurant comme Théodora sur
Byzance. II servait, en salle comme au comptoir, tenait le crachoir et la
caisse, veillait sur son petit monde, accueillait les nouveaux, respectait les
anciens, et s'occupait de la santé morale et physique des habitués.
Dont Gabriel, qui,
chaque matin depuis le début du monde, venait prendre son double express et ses
trois tartines à la même table. Aujourd'hui serait un jour spécial, s'était
même dit Gérard quand l'autre lui avait demandé des croissants. Et Gabriel
passait invariablement trois quarts d'heure à lire le journal et les faits
divers. Là-dessus s'enclenchait toujours une âpre discussion sur la portée de
ces événements macabres, l'un traitant l'autre d'abruti qui n'y connaissait
rien et l'autre assenant à l'un ce qu'il était trop con pour ne pas avoir lu
entre les lignes. Pour Gérard, ces tranches de malheur étaient le signe de la
connerie des gens, pour Gabriel c'était la preuve que le monde allait très mal.
Les clients, habitués ou non, assistant à ces joutes verbales, avaient la
délicieuse impression d'être au Palais-Bourbon, un jour de grand débat. Ils
comptaient les points et rigolaient souvent, ne prenant jamais partie, car l'un
était le patron de leur rade préféré et l'autre un type costaud de presque deux
mètres de haut et un rien ombrageux, avec des bras d'une longueur un peu
anormale.
— C'est
un vrai suicide, ça au moins, continua le patron du bistrot. Ils ont même
laissé une lettre. Alors, hein…
— Pourquoi
tu t'énerves ? lança Gabriel.
— Parce
que je te vois venir, si tu crois que je te vois pas venir avec tes airs par en
dessous…
— Mais
non, tu vois rien. Tu vois rien comme d'habitude. Et tu vois rien parce qu'il
n'y a rien à voir.
Gérard n'était pas du
genre à s'en laisser conter. Il savait, comme le militant de base qu'il n'avait
pourtant jamais été, changer habilement de sujet pour anesthésier l'adversaire.
Et, suprême habileté, en prenant à témoin quelqu'un d'autre. Là, c'est le petit
gros en costard qui reçut l'anathème.
— En
plus, ce journal, il chie dessus, mais il le dévore tous les matins… Gabriel,
c'est un cropophage.
— On
dit coprophage, quand on n'est pas un limonadier analphabète, répliqua Gabriel.
Pour couper court et
ne pas admettre sa défaite sémantique, Gérard se mit à gueuler comme une vache
folle, en direction des cuisines, appelant Vlad pour qu'il aille faire pisser
Léon, le clebs local, un de ces bergers allemands de café paranoïaque à force
d'être gentil le jour et féroce la nuit, un monstre pelé aux yeux légèrement
voilés par l'âge, qui se tenait sur son cul près de la table de Gabriel,
espérant le susucre interdit. Gabriel l'aimait quand même un peu, ce clébard, à
force de le voir planté comme un sphinx tous les matins, alors qu'il avait une
sainte horreur des chiens et des pigeons, les premiers beurrant
consciencieusement les trottoirs de son arrondissement et les seconds bouffant
les déjections des premiers. Il l'aimait bien, Léon, parce qu'il était comme
une potiche intégrée au mobilier de son rade favori, un café qui fonctionnait,
dans son appartement personnel, comme le salon ou la bibliothèque. La chambre,
c'était toujours celle d'un hôtel, jamais le même, en ce moment, c'était
l'hôtel des Taillandiers, dans la rue du même nom. Mais ce café où vociférait
Gérard, jamais Gabriel ne l'aurait trahi pour un de ces bars à tapas qui
fleurissaient dans les environs, pour une de ces pizzas à la graisse de noix,
encore moins pour ces bistrots tapageurs aux appellations plus ou moins
nocturnes qui ravageaient les pourtours de la Roquette.
Son bistrot, en plus,
avait un nom pas croyable, le blaze impossible pour donner un rendez-vous.
« Au Pied de Porc à la Sainte-Scolasse ». Recette célèbre d'une
petite ville de l'Orne d'où était, bien entendu, originaire, le patron. Et le
Tout-Paris, enfin, celui qui pensait que le pied de cochon valait bien,
question nirvana des papilles, la surfaite tête de veau, débarquait dans ce
resto qui ne payait pas de mine, pour déguster ce taj mahal en gelée. La
recette, dont certains ingrédients étaient tenus secrets par Gérard, était
affichée au mur, avec un historique genre Alain Decaux et ravissait les clients
dont une bonne moitié la recopiait en espérant faire aussi bien que le maître
des lieux. A midi, c'était plus que le coup de feu, ça sentait carrément la
cordite, tout le monde était sur le coup, Gérard, Vlad, et Maria, la bourgeoise
du patron, car les réticents à la papatte de cochon pouvaient quand même
déguster d'autres plats aussi antiques que succulents.
Mais Gérard refusait
de servir deux repas par jour en admettant qu'un pied en gelée à la sauce brune
(cognac et pruneaux) suffisait à faire travailler le foie pendant vingt-quatre
heures. Le matin et le soir, les lieux retournaient à leur fonction première,
celle de bistrot, de rade conforme à tous ceux du coin, de Charonne à
Ledru-Rollin, avec ses lampes orange, son papier peint marron clair à gros
motifs, ses douze kalanchoés sur les tables et une énorme photo murale de la
place de la Mairie de Sainte-Scolasse. Alors, fleurissaient, plantés dans la
sciure mélangée aux mégots, les habitués.
Et Gabriel, on
pouvait le voir là tous les matins, à peu près à la même heure, toujours à la
même table, près de la vitrine. Parfois, il disparaissait pendant des jours,
quelquefois des semaines, mais on avait des nouvelles, des cartes postales, il
voyageait, et n'avouait jamais ce qu'il pouvait bien foutre dans toutes ses
pérégrinations. Quand il revenait, les habitués, soulagés, voyaient sa grande
carcasse dégingandée traverser l'avenue Ledru-Rollin, avec ses bras trop longs
dont il ne savait pas quoi faire, et s'écriaient :
— Tiens !
Revoilà le Poulpe !
— Avec
deux bras de plus, rigolait Gérard, content de revoir ce client de plus de
vingt ans.
Vlad, grand échalas à
la tignasse hirsute, revint fissa de l'extérieur, Léon, vidé, à ses basques.
Sans un mot comme d'habitude. Sous le regard compatissant de Gérard qui avait
toujours l'impression d'être Clovis regardant passer Attila.
— Ce
mec-là, au Moyen Age, ça aurait pu être Dracula, dit le petit gros en costard.
— Dites
pas de conneries, en Roumanie, c'était un grand médecin. Et faut être un
intellectuel pour apprendre aussi vite à faire le pied de cochon…
— Il
était peut-être podologue, ou pédicure, avant…
— Allez,
tu paies ton coup et tu me lâches. J'ai pas envie de m'énerver, c'est lundi.
Les habitués
rigolèrent, c'était une façon de se mettre dans les bonnes grâces du patron. Et
puis se mirent à parler politique.
Gabriel n'écoutait
pas. Il lisait toujours le journal. Et revenait sans cesse à cette horrible
histoire de suicide. Un frisson parcourait son immense dos quand il se mettait
à imaginer la scène, celle où les deux ados s'attachaient aux rails et se
forçaient à avaler les clefs d'antivols. Fallait plus que du désespoir pour
être organisé pareillement. Fallait être sûr que l'Enfer était déjà sur terre.
Dans l'article, hors
le saignant habituel, il n'y avait pas beaucoup de renseignements sur l'origine
des gamins. Leur âge seulement, dix-sept et dix-neuf ans. Mais rien sur leur
famille, sur leur situation, ce qui faisait dire à Gabriel que ce devait être
des gosses normaux, issus de familles normales. Sinon on aurait eu droit au couplet
sur la misère, la drogue, le désœuvrement, le squat et tout le bordel. Mais là,
rien. Nib. Sinon qu'ils avaient laissé une lettre expliquant leur geste et que
ça suffisait pour les gendarmes. Une lettre émouvante, précisait le
correspondant.
Gabriel nota son nom,
comme ça, une manière de commencer le boulot. Parce qu'il savait que c'était
reparti pour un tour. A un rien, une lueur, une intuition, une petite voix
venue d'ailleurs, la voix sans doute de l'un des deux gamins éparpillés sur un
ballast de Haute-Normandie.
Gérard s'était
approché de Gabriel, le torchon à la main, jetant un coup d'œil par-dessus
l'épaule de son immense client.
— Faut
quand même être tordu du bulbe pour faire ça… Le coup des cadenas…
— Quand
on se jette sous un train, on se jette sous un train. Là, je trouve que ça fait
un peu western.
— Sauf
que Zorro n'est pas arrivé.
— Non,
répondit doucement Gabriel. Et même s'il était arrivé, Zorro, il lui aurait
fallu un sacré matériel, scies à métaux et pinces coupantes. Ça colle pas, ce truc.
Moi, je sens ça bizarre.
— Tu
vois le mal partout. T'as du Zola dans la tête. Du gorgonzola, même.
— Parce
que, pour toi, se flinguer, c'est normal ?
— On
est en république. Chacun fait ce qu'il veut.
— Ouais.
Et quand il veut pas, chacun, qu'est-ce qu'on fait ? On l'attache ?
— Ça
y est, ça recommence ! beugla Gérard qui se mit à astiquer férocement les
tables en formica, s'enfuyant vers les cuisines. On va y avoir droit au
couplet !
Maria, sa femme, une
Catalane reconvertie par amour dans les abats, déboula dans la salle avec son
caddie à trois roues rempli à ras bord.
— J'ai
du bar pas cher, elle déclara dans un silence respectueux.
Mais avant de foncer
en cuisine, elle fit un slalom entre les tables pour venir embrasser Gabriel
sur le front.
— Salut
Durutti, lui dit Gabriel sans lever la tête.
— CNT/FAI !
elle cria en fermant le poing.
— CNPF/RATP !
hurla Gérard de la cuisine. Grouille-toi, Maria, on est à la bourre ! J'ai
vingt pieds pour midi.
Gabriel s'étira sur
sa chaise et regarda les autres clients. Le petit gros en costard finissait son
102 pensivement, une jambe repliée derrière l'autre. C'était le comptable de la
boîte de location de matériel et costumes pour le cinéma et la télé de la rue
Basfroi. Au fond, assis sur la moleskine glissante, il y avait le
« professeur », qui carburait au muscadet et qui terminait depuis
quatre ans sa thèse sur un philosophe français, Malebranche. Avec un nom
pareil, vous allez scier votre carrière, avait finement émis Gérard. Il y avait
les deux types de la société d'informatique, juste à côté, qui venaient se
mac-intoxiquer au Martini, le marchand de bois au détail qui fonctionnait au
double express et les vendeurs de moquette en gros du carrefour Charonne qui
venaient souvent discuter bière avec Gabriel et qui le considéraient comme un
dieu tutélaire depuis qu'il leur avait dit que, lui, avait bu, en Suisse, de la
Schmillhaus, la bière la plus forte du monde. Ils étaient à peu près tous là,
plus un ou deux clients de passage, et Gabriel les observait. Mais son regard
les transperçait, car ses pensées étaient nonchalantes, nerveuses et émues à la
fois. Comme un léger manque. Comme à chaque fois qu'il allait repartir. C'était
une sensation qui lui procurait un certain plaisir, il allait bouger, il allait
exercer sa part sociale, et aussi une peur diffuse car il allait affronter la
brutalité générale du monde.
Il se leva, paya son
café et ses trois tartines. Gérard le regardait en coin. Il avait compris. Et
ne poserait pas de questions.
— A
bientôt, le Poulpe… Que saint Jambon te protège…
Gabriel lui sourit
plutôt comme une murène et sortit dans l'avenue Ledru-Rollin.
De l'autre côté de la
rue, une contractuelle mettait des prunes sur les pare-brise. Gabriel,
nonchalant, s'approcha d'elle, traversant l'avenue.
La femme l'aperçut,
blanchit, déchira la contravention et partit direct vers Charonne.
© Éditions
Baleine, 1995
mercredi 12 septembre 2012
dimanche 24 juin 2012
mercredi 15 février 2012
dimanche 27 novembre 2011
samedi 16 juillet 2011
dimanche 12 juin 2011
Magasin éphémère
Des plumes & du goudron
Ouvert de 11 h. à 23 h.
Tous les jours,
du 15 juin 2011 au 30 juillet 2011.
De 11 h. à 23 h, au 19 rue Muller, 75018 Paris
A partir du mercredi 15 juin 2011,
Jusqu’au 15 juillet de la même année (2011).
les Habits Noirs, et les Éditions Baleine.
Animaux morts, naturalisés, empaillés, Art Moderne,
Objets curieux, T-shirts scandaleux ou drôles,
vieux trucs, Livres d’horreur, masques enfantins, machines
A écrire hors d’usage, Revue unique et double
Des Habits noirs, affiches lamentables, photos punk,
bières bretonnes, Crânes, os, coquillages,fumigènes,
chewing-gums déjà mâchés, bibles, bombes algériennes,
Littérature populaire, objets liturgiques, flacons, etc.
Méfiez-vous des pickpockets, venez sans armes et pas plus de trois à la fois, pas de photos, no drugs, pas de chiens (sauf morts), ouverture exceptionnelle, plaisir d'offrir, joie de recevoir.
mardi 7 juin 2011
dimanche 8 mai 2011
vendredi 15 avril 2011
samedi 12 mars 2011
jeudi 3 février 2011
vendredi 28 janvier 2011
Les images sont crues, trop crues, elles sont fortes, trop fortes. La petite fille Lola si fragile nous ouvre des portes sur des parcours de vie effrayants, des vécus que nous côtoyons tous, tous les jours, mais que nous nous refusons de voir. Ces trajectoires de vie qui sont là, face à nous, dans nos rues, dans notre immeuble, dans nos bus, dans le métro, des images de vécus de frères humains que nous repoussons avec grande terreur et la dernière violence, comme lépreux et pestiférés au Moyen Age, des vécus qui agressent si monstrueusement la douce et sainte vision que nous portons tous de nos belles vies vouées à la très miséricordieuse et très sanctifiée Eglise de la Grande Consommation. La petite fille Lola qui se promène là à côté de moi, me dérange, elle m’emmène, cette petite, dans des caves où je ne veux pas aller et où elle ne devrait d’ailleurs pas se trouver, même pour visiter, un univers qui heurte mes aspirations de félicité, de plaisir, de légèreté, de confort, de douce joie … La petite Lola dérange nos imaginaires emprisonnés, formatés, affamés d’illusions dorées, pailletées. Ma vraie vie c’est celle que je vis avec tous mes vrais amis : le gentil Michel Drucker, oh oui ! oui ! le beau et impétueux Johnny, oh oui ! oui ! le courageux Michel Sardou, oui ! oui ! la gentille Mylène Farmer ! oh oui ! la pulpeuse Monica Belluci ! oh oui ! oui !!! l’intelligente et engagée Mireille Mathieu !!! oh oui ! oui ! je connais tout de leur vie, par cœur ! c’est normal, c’est mes amis !!! Et cette Lola là ! ma petite voisine, la voilà-ti pas qu’elle s’est mise dans la tête de m’empêcher de vivre ma vraie vie, normalement, avec mes vrais amis, chez moi à Beverley Hills !!!? quand même ! J’aime tous mes amis, Paris Hilton, Will Smith, Angelina Joly, Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, Lady Gaga, Sylvester Stalone, Tom Cruise et tous ces autres vrais amis qui m’adorent et partagent ma vie, que de vrais amis qui m’aiment et qui tous m’apprécient, c’est beau ... Et cette petite Lola, c’est horrible, qui voudrait m’empêcher de vivre ma vraie vie !?… c’est insupportable !!!
La petite fille Lola, nous prend tout doucement par la main et nous oblige à nous libérer de nos imaginaires endormis, congelés, prisonniers, sous influences de nos bonnes images magazines, télés, « glamour toujours » ... C’est par l’action de nos bonnes images médiatisées, bénies soient-elles ! que nos esprits faibles, fragilisés, apeurés, réussissent à bien repousser, à haïr, les images de nos ternes réalités, pour leur préférer, grâce à Saint Martin Bouygues, de très loin, cette magnifique autre si feutrée, facile, luxueuse, si aventurière, princière, bienheureuse, « le prince machin va épouser mam’selle machine, nous attendons ce beau mariage avec une telle impatience ! si vous saviez ! … d’ailleurs nous sommes invités, eh oui ! nous serons de la noce en quelque sorte ! hum … ça fait du bien !!!... Oui ?! … c’est pour quoi ?... Quoi ?! à la cave, la petite Lola ! ... mais je m’en fous monsieur Dugenou de votre petite Lola ! connais pas ! ... ». Notre grande aspiration spirituelle à nous tous disciples de l’Eglise de la Très Sainte Grande Consommation–Télévision des Cinq Continents, c’est : « SAUVE QUI PEUT !!! et laisse moi m’évader avec la télé ! ».
La petite fille Lola nous crie à tous : « AU SECOURS ! Nous avons besoin de vous !!! ». Personne ne viendra, nous ne nous réveillerons pas, autistes, nous sommes enfermés dans leurs images pour longtemps, nous ne les entendons pas, la télé crie plus fort, nous ne les voyons pas, « Amour, Gloire et Beauté », « Le Tour de France », les matchs de foot, « Vivement Dimanche », ont des images bien plus fortes, plus belles à nous montrer ... Absents de la vie, somnambules stériles, par incapacité à donner de l’amour, à produire de la vie, nous laissons les Lola crever dans nos rues, sur nos trottoirs, dans nos escaliers, dans nos caves, sans nous arrêter, sans réagir, afin de pouvoir retourner paisiblement dans nos vraies vies avec la belle Nicole Kidman, le beau George Clooney, la magnifique Sharon Stone, dans nos palaces et nos rutilantes limousines, sous la foule qui nous acclame. Petite Lola veux-tu bien me lâcher la main s’il te plait ! ça suffit !!! et maintenant, va-t-en donc jouer ailleurs voir si j’y suis ! tu m’ennuies ! moi je vis dans le bonheur chez moi sous le soleil de Malibu. Qu’est-ce qu’elle croie cette petite Lola, qu’avec ses cris morbides elle m’expulsera de ma vie de rêves … ! Notre choix est fait ! nous avons choisi ! notre vie est avec Jennifer Lopez, Madonna, Steven Spielberg, y a pas photo ! avouez ! …
Pour nous réveiller la petite fille Lola et son Grecos sont prêts à tout, même au pire … Mais ils n’y parviendront pas, qu’est-ce qu’ils croient !!! « chérie ça crie dehors !... » « M’en fous ! mets la téloche plus fort … ! ». Comme dans nos rêves de nuit, il nous faut un évènement choc, trop atroce, pour nous réveiller, la petite fille Lola et le Grecos s’essaient à provoquer ces évènements là, mais la plupart préfèrent continuer à regarder la télé, à dormir ... Ils ont néanmoins réussi à en réveiller quelques uns, dont je suis, le réveil a été difficile, violent. Je suis « Le Vieux Prince au Bois Dormant », la petite princesse venue me réveiller a 15 ans, elle m’a embrassé avec une vieille paire de tenailles et putain que le réveil est brutal ! elle m’a pété des dents. Après un engourdissement programmé, un état d’hypnose contrôlé, le réveil au monde est perturbé … Pourtant ils sont là tous à me crier « COUCOU JE SUIS LÁ !!! RÉVEILLE TOI PUTAIN !!! JE SUIS LÁ Á CÔTÉ DE TOI !!! NE ME LAISSE PAS CREVER COMME UN RAT !!! RÉVEILLE TOI !!! » J’ai ouvert un œil, j’ai entendu quelque chose … J’ai entendu la plume d’un jeune auteur grincer avec une fine et une extrême sensibilité, elle grince à fleur de peau sa plume. Dans l’écriture de Margot Marguerite nous ressentons la puissance, la souplesse, l’acuité infaillible de l’œil, le regard perçant du tigre. Comme le fauve, il est à l’écoute, comme le fauve, il porte la connaissance, la conscience suraiguë de son environnement, de la nature humaine, des gens, ses proies à croquer et pour lesquelles il déborde d’une énorme affection si pudique … Margot Marguerite, un homme qui a regardé, écouté les Hommes comme rarement … il en a fait le ferment de sa plume, une plume vivante, sans compromis, sans faux-semblant, en-dehors de toute « fauculerie», comme il l’écrit goulument, une écriture gourmande des mots, une écriture personnelle, une écriture margueritienne ; comme Frédéric Dard, Margot Marguerite réinvente la langue. « Lola, Reine des Barbares » est un roman hyperréaliste et pourtant tellement onirique, si étrangement lyrique, l’imaginaire qui le soutient est une ossature puissante. Cette alchimie improbable et réussie est la marque d’une grande écriture. « Lola, Reine des Barbares » est une œuvre littéraire d’une grande audace, d’une grande facture, qui porte la force et le mystère de la vie, le désespoir et les aspirations de la jeunesse, une œuvre qui se joue des convenances et de la mort. Une œuvre magistrale qui fait sienne la dernière phrase du grand roman d’Emile Zola, « Le Ventre de Paris » : « Quels gredins que ces honnêtes gens ! … » …
Julius Amédée LAOU
jeudi 13 janvier 2011
mardi 4 janvier 2011
Lola, la véritable biographie de son auteur...
Ma mère m'a mis au monde en 1953, dans une maternité de Pavillons-sous-bois. Elle est de Paris, mon père de Martinique. Nous habitions au second étage du 2, rue du Sabot, en plein coeur de Saint-Germain-des-Prés. La famille de ma mère vivait dans cet immeuble depuis plusieurs générations, ce qui faisait que nous étions les mieux logés. L'appartement faisait trente-trois mètres carrés, pour cinq, c'était bien. A la maison ça allait, mais dehors je ne sais pas ce qu'ils avaient contre les Noirs et les Blancs qui se marient et ont des enfants métis, mais les gens étaient vraiment vaches. La perte de l'Algérie, la branlée de Diên Biên Phu, d'avoir acclamé Pétain et ciré les pompes des nazis, un peut de tout cela peut-être qui nous tombaient dessus hors des trente-trois mètres carrés.
Je dois avoir 7 ou 8 ans, je reviens de l'école de la rue Saint Benoît. Au Deux Magots, je traverse le boulevard et arrivé sur les grilles devant le Monoprix de la Rue de Rennes, un homme en costume m'attrape par les cheveux, me jette au sol et me frappe à coups de pieds, en s'accompagnant de ce poème français que j'ai appris par coeur" Sale bougnoule, retourne dans ton pays. Vous nous faites chier, on est en France ici, merde". C'était la première agression raciste dont j'étais victime, je m'en souviens comme d'hier tellement j'ai eu la frousse. Et mal. J'avais pissé dans mon short et il a fallu que je continue comme cela mon chemin. Quelle honte, quelle humiliation et ce sentiment que n'importe qui d'un instant à l'autre pouvait avoir envie de me tuer. Une semaine plus tard, de retour à l'école, je refusais les tortures scolaires et les gifles des instituteurs qui détestaient, eux aussi, les basanés. On m'a envoyé chez le psychologue. Il m'a trouvé agressif. Il a bien fait de ne pas me le dire, je lui aurais prouvé qu'il avait raison.
J'ai fait mes études de psychologie dans une université fantastique, située en plein bois de Vincennes, où l'on apprenait à réfléchir et à penser par soi-même. J'ai eu Stanislaw Tomkiewicz comme professeur.
J'ai vite compris que psychologue dans une institution psychiatrique qui s'occupait de la tranquillité de la société bien plus que la souffrance des gens, n'était pas un travail pour moi. Comme il faut bien manger et que j'avais à nourrir mes jumeaux qui venaient de naître, j'ai fait infirmier psy. Comme cela je n'avais qu'à obéir. Et puis j'aime bien les fous.
A 30 ans, j'en avais ma claque d'être payé des clopinettes, de me faire engueuler pour un oui ou pour un non par des surveillants psycho rigides et des psychiatres sadiques, marre de toutes les horreurs que je devais faire, dont j'étais le témoin.
Ras-le-bol d'attendre que la société change. J'ai décidé de devenir vedette de cinéma, un job moins crevant et mieux payé. J'ai fait les cafés branchés, les restos chers et quand j'entendais des comédiens braillés, j'allais les voir et demandais à être embauché. Ça n'a pas marché tout de suite, j'ai du insister. Puis un jour, je me suis retrouvé sur scène et ça m'a plu et je n'ai plus arrêté durant vingt ans. J'ai tout expérimenté ou presque: Le Théâtre d'avant-garde, celui d'arrière-garde, les auteurs contemporains, les classiques, le boulevard, le cinéma, les séries télé, j'ai joué dans la rue, j'ai été Bibite, le clown de tôle du cirque Archaos où je me faisais traîner par une moto, foutre des coups de barre de fer sur la tête, où j'ai avalé des poissons, pour le plaisir sans prix de faire rire les gens, j'ai dormi dans des hôtels minables, des palaces, en roulotte, crevé de chaud, de froid, de rire, jamais de faim, ni de soif. J'ai joué dans presque toute l'Europe, jusqu'en Russie, dans des cabarets à Berlin, créé le Cabaret Sauvage à Paris où je chantais, dansais, et présentais le spectacle en tant que Marquis de Sauvage, j'ai réalisé un film, des documentaires. Je me suis vraiment bien amusé. Les applaudissements du public, les sunlights, les flashes qui crépitent, les gens qui te reconnaissent dans la rue, c'est vraiment agréable. Un beau jour, je suis parti vivre à la campagne, au calme et me suis mis à écrire des histoires de petites gens emplis d'amour et de fraternité. De petites gens qui non seulement ne se soumettent pas, mais sont déjà passés à l'attaque.
lundi 27 décembre 2010
le chant de Lola : début d'explication

Question : Avec Le Chant de Lola en introduction, Lola se présente comme une personne qui n'appartient pas à ce monde...
Le chant de Lola est à mettre en relation avec celui de Maldoror, le chant de la révolte de la jeunesse et de la victoire de la vie sur la mort.
Question: Mais Le Chant de Lola est un chant de mort.
Non, c'est le chant de la vie. Le chant de la vie est un cri, celui que nous avons tous poussé à notre naissance, celui de la femme qui nous a enfanté. Nous sommes nés dans les cris en hurlant. Par la suite, on exige que nous la fermions. Le chant de Lola est le cri de toute les formes de vie sur cette planète qui refusent d'être détruites, avilies bafouées, réduites à l'état de marchandise. C'est le cri de la vie contre cette civilisation inhumaine, basée sur l'assassinat de masse, l'exploitation, la prédation. Le modèle de développement de notre société est un crime non seulement contre l'humanité, mais un crime contre la planète entière. Lola sait qu'il y a des millions d'êtres qui attendent le moment ou il sera possible de fondre sur cette société et la détruire avant qu'elle ait tout exterminé. Pour de plus en plus de gens sur la planète, la mettre à bas est devenue la seule solution, un acte d'auto-défense. Souvenons-nous des Huns, les fléaux de dieu qui nous ont débarrassé de Rome, cet empire sanguinaire et corrompu jusqu'à la moelle.
Question: Comment vous est venue l'idée de faire d'une femme le personnage principal ?
Les femmes sont le levain de la libération. Elles portent la vie et sont la partie de l'humanité la plus asservie, la plus méprisée. Ce monde est dominé par les hommes, il ne rend personne heureux, les brutes dirigent, les doux sont écrasés, les gentils méprisés. Ce monde fonctionne à l'envers, ce sont les femmes qui le renverseront et le mettront à l'endroit.
Question: Quel est la différence de caractère entre Le Grécos et Lola?
Je viens de finir le Journal de la Commune mis en images par Eloi Vialat, alors la première réponse qui me vient à l'esprit est: il y a la même différence qu'entre le caractère d'Adolphe Thiers, un homme sans probité, une ordure intégrale, devenu comme par hasard président du conseil et bourreau du peuple des pauvres, et celui de Louise Michel, l'institutrice anarchiste, "La Vierge rouge" de la Commune.
Ce monde est morbide,
il est dirigé par des banquiers et des marchands de canon qui sèment la mort et la désolation. Il faut être devenu dingue pour le trouver normal. En un sens, Lola est d'une santé mentale parfaite. Quelque soit la façon dont on juge ses actes, il faut admettre qu'elle a moins de sang sur les mains que la plupart des prix Nobel de la Paix. Question : Pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez écrit autant de scènes violentes?
La plus grande des violences est dans la négation de la violence
Ce monde est d'une cruauté inimaginable. Je le dépouille de ces parures, de ses costumes Armani, des ses parfums Chanel, pour, à la suite de Sade, montrer sa vérité, son égoïsme, sa pure bestialité.
Question : Pourriez-vous nous parler du "rêve" de Lola? Non.
Oui.
Dans son essai récent Indignez-vous ! Stephane Hessel déclare que l'indifférence est la pire des choses, qu'elle est le signe de la perte d'une composante essentielle qui fait l'humain. Le rêve de Lola est un rêve humaniste, érotique, divinement humain. Sous la cendre, il y a un monde de fraternité et d'enfants dans les bras de leur mère, des enfants rassasiés, qui rient, perlés de sueur.
Question : Après "La Vieille Dame qui... ", vous nous présentez Lola dans un style très différent.
Oui. J'ai mes périodes... comme Picasso, mais elle sont toutes en empathie, en identification avec les déviants, les révoltés, ceux qui refusent et dénoncent.
Question : Comment travaillez-vous vos sujets de romans ?
Ils s'imposent à moi. Ce sont des sujets d'amour donc de haine. Il faut savoir haïr pour savoir aimer. Les gens qui n'éprouvent pas de haine, c'est tout simplement qu'ils ne savant pas aimer. Ils sont aussi plats et secs que des limandes, il faut une sacrée sauce pour les rendre intéressant. Pour la haine , j'ai ce qu'il me faut en stock, je lis le journal pour ne pas qu'il s'épuise. Pour l'amour, je suis bien fourni aussi, mais je suis le conseil de Michel Onfray et lis les philosophes qui ont compris qu'un autre monde est non pas possible, mais vital.
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